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En Guinée les relations entre les civils et les militaires ressemblent à celles qu’entretiennent le chas et la souris. Lorsque les deux se rencontrent, le premier bondit sur la seconde pour la dévorer. C’est ainsi que depuis la récente prise du pouvoir par l’armée, certains militaires se comportent dans le pays comme on le ferait dans un territoire conquis par la force des armes. Les militaires sont présents partout. Armés jusqu’aux dents, ils intimident leurs frères civils dans le meilleurs des cas.


Le long des routes nationales, les barrages routiers sont de nouveau érigés partout. Au nom d’une prétendue sécurité nationale, les véhicules sont systématiquement fouillés. Tout est mis sens dessus dessous pour trouver des soi disant armes. Dans ce contexte tendu gare au voyageur qui n’a pas une pièce d’identité. Ces personnes sont d’ailleurs prévenues au départ. Pour passer les barrages il faut mettre la main à la poche. Si les Guinéens se félicitent que le pire ne se soit pas produit à l’occasion de la disparition du Général Conté, ils sont malgré tout profondément frustrés par les humiliations dont ils font l’objet dans leur propre pays.


En effet, il faut être de mauvaise foi pour ne pas saluer la façon dont le coup de force s’est déroulé en Guinée le 23 décembre dernier. Et pour cause, ce cas est unique. Un coup d’Etat au cours duquel aucune personne n’a été inquiétée. Mieux, les nouveaux maîtres du pays invitent les anciens dignitaires à se rendre au quartier général de la junte. Arrivés sur les lieux comme l’agneau que l’on conduit à l’abattoir, ces anciens dignitaires sont rassurés. Ils prennent part à une cérémonie au cours de laquelle le nationalisme et le patriotisme ont prévalu sur les autres considérations. Le Premier ministre déchu se permet même de prendre la parole pour rassurer les nouveaux maîtres de son soutien et de celui de toute son équipe.


Au terme de la rencontre, le nouveau président de la République demande aux anciens membres du gouvernement de rentrer chez eux et de dormir tranquillement. Joignant l’acte à la parole, ces personnes ne sont pas inquiétées jusqu’ici. Cela aussi constitue l’autre exception guinéenne dans le sens positif du terme.

Et pourtant si la junte militaire a conduit son coup d’Etat de façon on ne peut plus responsable, certains militaires usent et abusent de leur nouveau pouvoir. La percussion musclée du domicile du leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo en est un exemple. Ce cas malheureux a été médiatisé à cause de la personnalité de la victime. Comme lui, beaucoup d’autres citoyens anonymes ont été victimes de vols et de violences.


Les militaires se comportent comme si c’est pour la première fois que l’armée prend le pouvoir en Guinée. Et pourtant, le défunt général Lansana Conté était militaire. Il considérait son pouvoir comme un pouvoir militaire. Devenu civil pour se présenter aux élections présidentielles de 1993, le président Conté ne supportait pourtant pas qu’on l’appelle « Monsieur Lansana Conté ». Une fois il l’a fait savoir en déclarant publiquement « dorénavant celui qui me soumet un document à signer sans la mention de général, je refuserai de le signer ». Depuis cette date, le général ne se fit jamais appeler « Monsieur ».


Pour la survie de son régime, Conté savait bien manier et manipuler la foule. Menacé par l’armée, il se rabattait sur les civils, défié par ces derniers, il faisait recours aux militaires. C’est ainsi que, confronté à une mutinerie de l’armée en 1996, il déclara : « je suis élu par le peuple de Guinée. » Mais après la révolte de ce peuple en janvier et févier 2007, le président se retranche au camp et compte sur les militaires pour sauver son fauteuil.

En attendant de tenir les promesses faites devant l’opinion nationale et internationale de conduire une transition courte et apaisée, les nouvelles autorités doivent sévir contre tous les abus d’où qu’ils viennent. Ils doivent combattre farouchement l’impunité qui a miné la Guinée ces dernières années.


Habib Yembering Diallo


Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com
Pour www.nlsguinee.com
le 08.01.2009
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Tag(s) : #Politique
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